dimanche 3 janvier 2010

Chasse, pêche et traditions

Rappel: même si la plupart des entrées sur ce blog se font via google avec des recherches comme "carla bruni en string" ou encore "photos grosses vulves" (pour ne citer que les dernières entrées), nous sommes ici avant tout à la recherche du sens de la vie, ou de sens tout court, ou un truc comme ça.
Je vais à présent faire l'analyse très sérieuse d'un commentaire laissé sur le blog de taomugaia, plus précisément sur cette note, qui parle donc d'un accident fort prévisible dont a été victime une femme qui emmenait ses enfants à la chasse. Sur un ton plutôt railleur, parce que taomugaia et ses lecteurs ne portent pas spécialement les chasseurs dans leur coeurs (que de rimes en eur).

Voici le commentaire en question.
Attention, accrochez vous à votre chaise.

* * *

bandes de pd

moi jvai vous laissé 1 com et jne prendrais^pa la peine de lire vo réponse débile.vous éte tous des débile mentaux voir certain des pédophiles.vous mangé vos morts vous sucez les os de vos grands parents.bref vous etes pire que ceux qui ont tué cette femme.pour vous les résistants sont des tueurs .alors vous ;vous suceriez hitler?bien sur vous ou votre famille aller chercher les volailles ou le gibiers dans les supermarché.(je tiens a vous signalez que beaucoup d aliments contient des graisses animal (gateaux etc...);de bonnes dindes gavées pour noel.d ailleurs vous fétez noel?car je tiens a vous rapeler que c est la naissance de jésus et a sa naissance il y a eu des dons d animaux.donc avant de mettre le petit jésus dans la créche sachez bien que celui ci nétait pas végétarien et qu il adorait le bon gibier.

* * *

Voilà. Maintenant respirez par le nez. Belle perle, non?
Hé bien je vais me servir de ce morceau d'anthologie pour analyser la psychologie de son auteur, savoir ce qu'il voulait dire en somme, et oui, cela peut nous mener à des considérations sur la chasse en général. Pour être juste, je me dois de préciser que j'en ai déjà lus de moins débiles, des chasseurs (en même temps c'est pas dur). Cependant, comme nous le verrons, il y a là des arguments qui relèvent d'une logique à laquelle tout chasseur s'attache pour défendre son activité.

Analyse de la pensée profonde d'un chasseur

1) "Bande de pd"
Cette insulte retro est censée s'attaquer à la virilité de l'interlocuteur. En outre l'homosexualité est ici considérée comme une déviance sociale constituée en insulte. C'est un trait caractéristique des chasseurs, d'une part d'élever la virilité au rang de valeur humaine primordiale, d'autre part de considérer toute déviance sociale comme mauvaise, bêtifiante, sale. "bande de pd" est donc l'insulte suprême.

2) moi jvai vous laissé 1 com et jne prendrais^pa la peine de lire vo réponse débile.
Passons sur l'orthographe qui indique le niveau intellectuel de l'auteur. Celui-ci nous signale qu'il ne lira pas les réponses, donc en quelque sorte, qu'il aura le dernier mot quoi qu'il arrive. C'est un aveu de faiblesse en même temps qu'une déclaration de force de type "j'ai la plus grosse".

3) vous éte tous des débile mentaux voir certain des pédophiles.
Ici, on a l'impression que le pédophile est le niveau juste après le débile mental. Comme s'il y avait un rapport direct entre la déficience mentale et la pédophilie, le pédophile étant comme le débile mental mais en pire. Est-ce que machin considère ces deux déviances (déviance encore, oui) comme des folies à peu près similaires mais de niveaux différents? Il yaurait beaucoup à en dire.

4) vous mangé vos morts vous sucez les os de vos grands parents
Ici, l'auteur accuse les lecteurs du blog de pratiquer des rituels morbides incluant de la nécrophagie, et considère ça comme une insulte. Comme les précédentes, cette "insulte" pourrait être traduite par: "vous pas comme moi, vous bizarres, vous faire trucs bizarres et dégueux dont j'ai vaguement entendu parler à la télé, bande de sales déviants berk berk"
Il y a également une accusation sous-jacente de ne rien respecter. Si on ne respecte pas les traditions comme la chasse, alors on ne respecte rien du tout, même pas les morts.

5) bref vous etes pire que ceux qui ont tué cette femme.
Eux ils ont peut-être tué une mère de famille, mais au moins, ils sont normaux.

6) pour vous les résistants sont des tueurs
Mmh. Intéressant. Un chasseur et un résistant c'est pareil, parce que les deux portent un fusil. On a ici un beau point godwin. Belle performance. Outre ça, les résistants défendent, je suppose, des valeurs traditionnelles bien de chez nous, comme les chasseurs, quoi. Chasse, pêche, tradition, vin rouge, défense du territoire français contre l'envahisseur métèque (ou les sangliers).

7) alors vous ;vous suceriez hitler?
Pour appuyer un peu le point godwin, avec un petit "plus" homophobe comme au début, mais en soulignant le concept de soumission présumée de l'homosexuel, par rapport à l'homme viril bien armé, heu, membré, qui lui ne suce pas.

8) bandes de cons au moins un de vos ancétres s est servi d un fusil pour se nourrir ou se défendre.
Légitimation du concept de chasse en tant que loisir par la nécessité présumée, dans le passé, de se nourrir ou de se défendre.

9) bien sur vous ou votre famille aller chercher les volailles ou le gibiers dans les supermarché.(je tiens a vous signalez que beaucoup d aliments contient des graisses animal (gateaux etc...);
Cet individu ignore jusqu'au concept de végétarisme. Ou il n'y croit pas. Je pense que cette nouvelle déviance sociale l'effraierait. Cependant, la phrase entre parenthèse indique un léger doute quant à l'inexistence du végétarisme: et s'ils mangeaient pas de viande? Ce doute est aussitôt balayé par l'information qu'il pense nouvelle et inédite. Là il semble se dire: de toutes façons, ils peuvent pas ne pas manger de viande, puisqu'ils mangent forcément des gateaux industriels, et personne ne sait qu'y a de la viande dedans, moi je le sais car je l'ai entendu à la télé, mais c'est un secret, car c'est pas marqué en gros sur l'emballage.

10) de bonnes dindes gavées pour noel.
On ne gave pas les dindes, mais les canards mulards et les oies. Mais il voulait peut-être dire "farcies". En tous les cas, cette expression évoque l'abondance. La viande est synonyme d'abondance, comme je suppose que c'était le cas aux époques où l'on risquait de crever de faim à manger que des racines.

11) d ailleurs vous fétez noel?
Je comprend pas trop le sens de cette question (en plus quel interet de poser une question si après on revient pas). Je proposerais donc deux traductions possibles:
-"si ça se trouve, ces déviants ne fêtent même pas noël, quelle horreur"
-ou bien: "si vous fêtez noël, vous mangez de la viande, vous êtes donc vous aussi coupables"
Comme la phrase suivante fait penser qu'il suppose que tout le monde fête noël, je pencherais pour la seconde traduction, bien que ça puisse être un mélange des deux. Il ya donc une note de culpabilité quant au fait de tuer des animaux. L'auteur dévoile ici son ignorance crasse du monde extérieur: il croit ET que tout le monde fête noël, ET que tout le monde mange nécessairement de la viande à noël. Mais c'est pas fini:

11) car je tiens a vous rapeler que c est la naissance de jésus et a sa naissance il y a eu des dons d animaux.donc avant de mettre le petit jésus dans la créche
Enfin il est également persuadé que tout le monde fête noël dans un esprit religieux et pas simplement comme la majorité des gens pour s'offrir des cadeaux et boire un coup. Là le mot "ignorance" est trop faible, ya aussi une bonne dose de connerie. Car c'est n'avoir pas réfléchi au fait qu'il existe dans le monde des juifs, des musulmans, des athées, des païens, etc etc. Cet individu semble assez peu douter du fait que tout le monde fasse une crêche avec un petit jésus.
De plus, il y a ici un argument pro-chasse basé sur la spiritualité, avec l'évocation de sacrifices rituels religieux, qui justifient donc l'alimentation carnée, ce qui justifie la chasse.
Je remarque aussi qu'il "tient à nous rappeler" que Noël est la naissance de jésus. Il nous remet dans le droit chemin, pauvres brebis égarées que nous sommes.

12) donc avant de mettre le petit jésus dans la créche sachez bien que celui ci nétait pas végétarien et qu il adorait le bon gibier.
L'apothéose, avec l'argument pro-chasse le plus stupide que j'ai jamais lu (et pourtant...). Mais cessons de ricaner et analysons : ici, l'auteur justifie donc la chasse par une allusion au petit jésus. Par une information qui semble inventée à la dernière minute, il invoque donc l'autorité spirituelle pour défendre la chasse. C'est très intéressant, car après avoir implicitement condamné plusieurs formes de déviance, il revient progressivement à l'autorité religieuse qui dicte la norme. Associant ainsi chasse et spiritualité, il espère nous émouvoir et nous tirer une larme, au cas où on aurait pas éclaté en sanglot en sachant que nous mangeons d'une parte nos morts et d'autre part la graisse animale dans les gateaux.
Enfin, finalement, l'auteur révèle qu'il connait le concept de végétarisme, et le condamne aussi sec par la même autorité religieuse, comme relevant également d'une déviance.

* * *

En résumé, ce commentaire illustre (outre l'échec scolaire) une pensée normalisante qui est retrouvée chez beaucoup de chasseurs. Plusieurs formes de déviances sont considérées comme rabaissantes: homosexuel, déficient mental, pédophile, nécrophage, et plus subtilement, païen qui fête pas noël en mangeant de la dinde avec le petit jésus (même si sur ce dernier argument, il essaie de nous rattacher à sa cause, car tout le monde aime le petit jésus).
Il y a également une défense farouche de valeurs traditionnelles sans rapport: Noël et le petit jésus donc, mais aussi les résistants.

Les chasseurs évoquent généralement la tradition pour justifier leur activité, de même que les défenseurs de la corrida; et dans une certaine mesure les gens qui mangent de la viande ont également recours à cet "argument". On pourrait croire que c'est parce qu'ils n'ont pas beaucoup d'arguments, mais j'y vois surtout une peur panique de la nouveauté et de la déviance, autrement dit de l'inconnu. Le chasseur se réfugie dans le cocon rassurant de la tradition, parce que là au moins, il connait, ça fait moins peur. Le monde extérieur est plein de végétariens, d'homosexuels, de gens qui fêtent même pas Noëls, enfin bref de pas-comme-nous pas-normaux.

Parmi les déviances soulignées par notre ami, certaines sont réellement dangeureuses pour la société, comme la pédophilie et les rituels nécrophages. Elles sont mises dans le même sac que l'homosexualité, le végétarisme et le fait de ne pas fêter Noël. Ce commentaire illustre donc bien à quel point le concept d'idée nouvelle est effrayant pour certaines personnes.

J'ai tendance à voir l'intelligence et la curiosité comme deux concepts qui se confondent, et certaines données objectives me donnent raison (comme le fait qu'un environnement stimulant rende les animaux, humains ou non-humains, plus intelligents et curieux). Pour moi, tout le monde a un peu peur de la nouveauté, mais je considère que ceux qui en ont le plus peur sont les plus cons. Mais c'est pas de leur faute. Simplement, on devrait pas les laisser diriger le monde, ni se promener dans la nature avec un fusil.

lundi 28 décembre 2009

La viande peut rendre agressif

Je ne pense pas que la viande rende les chiens et les rats agressifs comme je l'ai déjà lu. En revanche, ça fonctionne sur les végétariens.
Les végétariens ont une vie sociale difficile. C'est encore plus vrai pour les végétaliens.

Quand on décide de devenir végétarien par conviction, on se coupe d'une certaine façon de la société, parce qu'on rejette la norme sociale, et la morale qui va avec, au profit de sa propre norme et de sa propre morale. Est-ce une définition de la liberté? Je le pense. Mais c'est aussi une source d'isolement social.

La norme sociale est arbitraire, mensongère, et tellement gluante de vieux principes qui n'ont plus lieu d'être que je la qualifie généralement d'anachronique. La société est anthropocentriste et profondément spéciste. La société est schizophrène et nihiliste. Enfin, la norme sociale est partout et nulle part: personne ne peut la définir avec exactitude, comme si chacun avait la sienne; et pourtant, d'une certaine façon, on peut transgresser cette norme et s'y opposer. La norme sociale est ce qui réunit les normes de million d'individus. Plus on s'en écarte, plus on s'isole imperceptiblement.
En dehors de ces considération qui sont tout de même assez compliquées et difficile à appréhender, on peut considérer que de qualifier d'immoral quelque chose qui est admis par la société comme moral, c'est non seulement s'écarter de la norme, mais surtout la rejeter. Et rejeter la morale sociale, les gens ne vous le pardonnent pas si facilement. Parce que d'une certaine façon c'est leur morale que vous attaquez, la leur et celle de tout le monde. En remplaçant votre foie gras par du paté végétal aux repas de famille, vous avez beau être tout sourire et prendre ces différences avec humour, vous rejetez leur morale dans son ensemble, vous affirmez une différence fondamentale entre vous et eux. Prendre la liberté de critiquer la morale sociale est déjà quelque chose qui peut être perçu comme provocateur; mais en l'occurence, implicitement, vous n'avez pas fait que la critiquer, vous l'avez aussi rejetée. Avec votre petit pot de pâté végétal, non seulement vous affirmez avoir une morale personnelle, mais vous qualifiez leur comportement de contraire à cette morale.
Cette affirmation de soi est difficile à vivre. C'est défendre ses convictions contre la société entière, c'est se dresser seul face à une majorité innombrable, et il faut en avoir sacrément dans le pantalon. Nombreux sont les végétariens qui ne savent pas quoi ou comment répondre aux attaques que l'on leur lance. (le mot peut sembler un peu fort, mais je l'ai pesé avant de l'écrire). Nombreux sont ceux qui redoutent les repas de famille, non pas parce que voir de la viande les dégoûte, mais parce que les remarques répétées et insistantes à l'encontre de leurs convictions les fatiguent moralement. Et même, nombreux sont ceux qui, croyez-le ou non, hésitent à devenir végétariens parce qu'ils craignent ce type d'affrontements. Et on peut les comprendre. Quand on n'a pas un mental en béton armé, comment s'opposer ainsi à la société entière?

Parfois, les défenseurs de la bonne vieille sacro-sainte norme sociale en viennent même à utiliser ça comme argument. Dans les commentaire de mon blog, vous pourrez ainsi lire qu'il n'existe pas de nation végétarienne, que le végétarisme est marginal et que donc c'est la société qui a raison. Ce n'est que rendre explicite ce que tout opposant au végétarisme pense.

Voire la société entière se conduire d'une façon que l'on considère immorale, ça ne fait pas qu'agacer légèrement les matin où l'on est mal luné. Non, c'est de la colère, la vraie: contre tout le monde, mais pas contre soi-même. Parfois rentrée, parfois criée, parfois expulsée comme du venin, mais c'est une juste colère.

Nous devrions tous critiquer la norme, même si pas forcément nous opposer, mais au moins la redéfinir. Ce qui me chagrine ce n'est pas seulement de voir des millions d'animaux souffrir et mourir dans l'indifférence générale. c'est aussi de constater que si l'humanité permet et perpétue ce massacre, c'est parce qu'elle est trop stupide, ou trop faible, ou trop feignante intellectuellement pour permettre la remise en question et l'opposition.

mercredi 9 décembre 2009

Pourquoi la vache qui rit... ne rit que sur les emballages?

Depuis que je suis végétarienne, j'entends pas mal de vérités gênantes et aussi certaines bêtises à propos des produits laitiers. Enfin, moins de bêtises que pour la viande, mais l'élevage est un domaine très peu transparent, en particulier l'élevage industriel (c'est à dire la grande majorité). Le peu de vidéos d'information qui circulent proviennent des états-unis et les pratiques d'élevage ne sont pas systématiquement les mêmes qu'en France.

Du côté des gens qui ne se sont jamais posés la question, on a des vaches, on leur fait faire du lait, point. Elles broutent dans les champs, sont heureuses, forniquent avec des taureaux et font des gentils veaux, qu'elles élèvent jusqu'à ce qu'ils soient autonomes. C'est la version que l'on trouve dans certains sites internet dont certains se disent "encyclopédiques".
D'un autre côté, nous avons la version végé-hard: les vaches sont attachées et ne peuvent pas bouger, on les insémine, on arrache leurs veaux de leurs pis pour les tuer, et on leur fait faire des tonnes de lait jusqu'à ce qu'elles en crèvent d'épuisement, en les gavant de nourriture hautement protéinée.

Là, je devrais dire que la vérité est un compromis des deux. C'est la suite logique.

Mais rien n'est logique en élevage industriel. Et en réalité, bien que la version végé-hard soit fausse par certains aspects et relativement exagérée, elle se rapproche bien plus de la vérité que la version "encyclopédie-soft".

Je ne prétend pas tout connaitre sur l'élevage laitier, mais voici quelques généralités sur ce qui se pratique réellement en France. Il est possible qu'il y ait quelques inexactitudes, si c'est le cas merci de me le faire savoir. (attention: écrire "a cotai de ché mon papy lé vach el son dan les chanp et el son tré bi1" ce n'est pas signaler une inexactitude; je parle ici de généralités sur l'élevage).

Quelques vérités sur l'élevage laitier
Ou pourquoi la vache qui rit ne rit que sur les emballages

La majorité du lait en France est produit par la Prim'Holstein. C'est une vache noire avec des taches blanches, ou blanches avec des taches noires, je sais plus. J'ai passé une certaine partie de mon dernier stage à me poser cette question, mais je n'en dirai pas plus pour l'instant, sinon que grâce à la technologie vidéo, je sais ce que font les vaches quand elles croient que personne ne les regarde.
La Holstein est noire, blanche, grande, maigre et avec des pis énormes. Même bien nourrie, elle a les flancs plutôt creux. Elles fournit une moyenne de 40 litres de lait par jour, ce qui est considérable (quelques litres suffiraient à nourrir un veau). C'est le résultat d'une sélection génétique intense sur la production de lait qui n'est pas sans conséquences. Par exemple une plus grande sensibilité aux infections des mamelles.

La plupart des vaches sont élevées en stabulation, comprenez une sorte d'enclos protégé avec de la sciure et de la paille. J'ai lu quelques publications sur des vaches élevés à l'attache, et je ne sais pas si ça se pratique encore et où, mais en général les vaches sont libres de mouvement dans la stabulation, bien qu'il y ait une proximité parfois gênante dû au manque d'espace, en particulier en ce qui concerne les interactions hiérarchiques, ce n'est pas non plus l'enfer.

En ce qui concerne la reproduction, une fois pubères, les génisses sont inséminées assez rapidement, de façon artificielle. Le veau est retiré aussitôt après la mise bas, le plus rapidement possible. Certains éleveurs le laissent une journée pour qu'il boive le colostrum, mais d'autres le retirent immédiatement, et traient la vache pour donner le colostrum au veau; faute de quoi le veau prend l'habitude de téter et c'est galère de le nourrir au seau. Pour la vache ça ne fait pas une grande différence, parce que la reconaissance et l'attachement de la vache envers son veau est très rapide, quelques heures tout au plus. Retirer le veau est donc une source de stress pour la vache, sauf éventuellement si on le retire immédiatement après la mise bas. (à la limite il vaudrait mieux le retirer tout de suite qu'après une journée, mais au bout de quelques heures, le processus d'attachement a eu le temps de se faire, les éleveurs ne peuvent pas être partout).
Quant au veau, on le met en général dans une toute petite cage pour l'engraisser, et il est souvent abattu à l'âge de quelques mois (4 mois si mes souvenirs sont exacts). Quand je dis "toute petite cage", en général ils ne peuvent pas se retourner. Ils y sont seuls, ce qui à mon sens est une violation de la loi, qui est cependant tolérée*. Je ne sais pas si on produit aussi de la viande de boeuf avec les mâles issus de laitières, dans ce cas il est probable qu'ils ne soient pas mis à l'isolement. Je rappelle juste que les boeufs sont des animaux qui ont été castrés sans anésthésie, et ils ne vivent que jusqu'à atteindre un poids suffisant.

Il m'est arrivé d'assister à la traite, les machines sont impressionantes, mais je n'ai pas l'impression que les vaches souffrent. Ce qui est à peu près sûr, c'est qu'elles souffrent assez rapidement si on ne les trait pas, vu la quantité hallucinante de lait qu'elles produisent.

Enfin, les vaches ne meurent pas d'épuisement comme on le lit parfois (en tous cas en France et pour ce que j'en sais). Elles meurent parce qu'on les tue, après une moyenne de 2,3 vêlages, ce qui fait grosso merdo plus ou moins quatre ans. On les réforme quand elles ne sont plus assez productives. Leur viande est considérée comme un sous-produit, donc je suis pas spécialement renseignée sur ce qu'on en fait, mais le plus probable est qu'elles composent les hamburger de chez macdal ou les viande bovines bon marché en général.

L'élevage bovin n'est pas ce qui se fait de pire, comparé à l'élevage porcin ou aviaire. Mais au vu de ces informations, refuser de consommer des produits laitiers ne me parait pas aberrant, loin de là. Il n'y a de toutes façons pas d'industrie laitière indépendante de la production de viande.

Pour ce qui est de l'élevage fermier ou bio, les conditions de vie sont différentes, et je ne connais pas très bien ces types d'élevage (qui concernent une minorité d'animaux); cependant les veaux sont également retirés à la mère et destinés à être abattus. Il n'y a pas de veau élevé sous la mère en élevage laitier.

*1976: Loi sur l'environnement et la protection animale 76-629. Article 9: "tout animal étant un être sensible, doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce"
. Source

mardi 8 décembre 2009

Comment peut-on être un chasseur?
C'est la question que je me pose depuis un petit moment.
Dans un contexte social comme le notre, dans une société où l'on a autant à bouffer qu'on veut, et même beaucoup plus, comment peut-on prendre du plaisir à tuer des animaux sauvages?
Ne voulant pas mourir bête, et pensant ne pas trouver de réponse satisfaisante sur les sites que je fréquente habituellement, je suis allé faire un petit tour sur un forum de chasseurs. Par chance, une personne ne pratiquant pas cette activité que je n'ose qualifier de loisir, avait ouvert un sujet pour demander ce qui poussait ces gens à partir dans la nature pour zigouiller des animaux (et c'est tant mieux; la question était posée d'une façon tout à fait neutre et sans agressivité, et c'est tant mieux, parce que bien que je sois une personne calme et posée, en faire autant m'aurait demandé de beaucoup prendre sur moi.

J'allais donc être instruite sur les motivations des chasseurs. Ô, joie.

Que ne fus-je pas déçue.

D'abord, les membres du forum regardèrent leurs chaussures (boueuses) avec un air vaguement coupable, tout en bégayant quelques questions pour savoir s'ils avaient affaire à un de ces enculés d'écolos (aussi appelés éconlos, escrolos, verdâtres) bouffeurs d'herbes et autres surnoms sympas) qui avaient tant à redire sur le fait de tuer des animaux sauvages (quels cons ces écolos). Comme leur interlocutrice ne montrait aucune agressivité même contenue, ils furent rassurés par sa neutralité, et consentirent envisager de répondre, tout en tentant de lui proposer d'aller chasser avec eux, troublés par la présence d'une de ces choses sans testicules que l'on voit parfois sur les calendriers.
Ils s'efforcèrent parallèlement de montrer une image positive de leur activité tout en minimisant l'aspect "tuerie d'animaux" et en essayant de cacher le côte "concours de bite", pour mieux faire ressortir le côté "balades dans la nature" (en effet, se promener dans la nature nécessite d'être armé et de dégommer des bestiaux, sinon ça ne sert à rien). Arguant que la mise à mort de l'animal n'était pas le but, mais que bon, il faut bien le tuer quand même (pourquoi? heu... parce que).
La jeune personne qui s'enquérait des motivations des chasseurs avait évoqué, entre autres, le déterrage. Sujet que les membre du forum évitèrent soigneusement, sauf un qui appelait ça "la vènerie sous terre" et qui se vantait de relâcher les animaux après. (c'est bien connu que la chasse consiste à capturer et relâcher des animaux, ce qui explique l'intérêt de creuser un trou pendant des heures et de coller une trouille monstrueuse à une portée de blaireaux).
La régulation fut évidemment évoquée. Les chasseurs ne sont pas des tueurs, mais des régulateurs qui aident leurs prochains contre ces saloperies d'animaux qui pullulent. (tiens mais je croyais qu'ils aimaient pas les écolos?) En effet, il est bien connu que les animaux sauvages sont beaucoup trop nombreux. Encore ce matin, je n'ai pas pu m'asseoir confortablement dans le bus, car les cerfs et les renards y étaient si nombreux qu'on pouvait à peine se tenir à une barre. La jeune naïve qui voulait en savoir plus sur la chasse ignorait sans doute que les chasseurs élèvent des animaux dans le but de les relâcher puis de les tuer, car elle ne posa aucune question à ce sujet.
Elle demanda ensuite si le piégeage n'était pas un peu cruel. Que nenni, répondit le choeur des chasseurs! Les pièges moderne tuent l'animal "sans aucune souffrance". Si j'avais su qu'on pouvait tuer sans aucune souffrance! Même les pièges qui entrainent la mort par noyade sont très gentils, l'animal s'endort tout doucement. Ouf, nous voilà rassurés.

Dans un autre topic, la question du piégeage était tout autre. Des portées entières de renardeaux capturés, et puis "t'as vu moi j'en ai pris sept" et "je met pas les photos sinon on va se mettre ces connards d'écolos à dos". Ben oui, la transparence, c'est pour quand on a la conscience tranquille.

Finalement je ne ressors pas plus instruite de ces lectures. J'en reviens à la première hypothèse, illustrée par insolente veggie. Une fois écartée l'hypothèse de la balade en forêt (j'ai essayé, je vous jure, y a pas besoin de fusil), je vois pas trop d'autre explication sur ce qui peut pousser un humain à dézinguer des animaux sans nécessité: se sentir puissant, fort et viril... Quand on a pas d'autre moyen pour ça.

Sinon y a d'autres gens qui approchent les animaux sauvages pour faire de jolies photos, et les laissent continuer à vivre. Ca me révolte, des pratiques pareilles. Salopards d'écolos.

Bonus spécial: les chasseurs sont en grande majorité des gros cons et ils le prouvent

lundi 7 décembre 2009

Les AADI, ou comment laver sa conscience en un clic

Je sais pas si vous avez remarqué, mais le monde n'est pas parfait.
Je sais pas si vous avez remarqué ça aussi, mais tous les jours, il y a des gens qui s'évertuent à le rendre un peu meilleur, ou un peu moins mauvais. Ils choisissent leur combat, parce qu'ils ne peuvent pas être partout, mais ils font ce qu'ils peuvent pour rendre le monde un peu moins injuste. Certains sont profondément idéalistes, voire manquent de réalisme; d'autres sont plus désabusés, mais espèrent encore changer les choses à leur échelle. Mais quoi qu'il en soit, ils ne sont pas majoritaires. Je ne veux pas faire de jugements de valeur à propos de qui se casse le cul pour les autres et qui s'occupe de son nombril (bien que ce soit parfois tentant), après tout chacun a sa dose de problèmes à gérer, et nous ne sommes pas tous égaux face à la misère d'autrui.
Ce que je voudrais souligner, c'est l'espèce de schizophrénie des gens par rapport à ça, qui me semble liée à notre culture, à la fois profondément individualiste et catégoriquement tournée vers l'action et la communication.
Parce que ces gens, qui dépensent leur énergie à aider leur prochain, on a beau chanter leurs louanges, les trouver extraordinaires, beaux, intelligents, on les aime de loin. J'ai parfois le sentiment que la société exalte les héros en poussant plus discrètement tout un chacun à ne surtout pas en être un. Etre un héro, c'est fatiguant, et on a besoin de trop d'énergie pour se croire supérieur aux autres, par exemple en achetant plus de trucs. Ca doit être un truc comme ça, je sais pas. Toujours est-il que la société profondément matérialiste dans laquelle nous vivons s'amuse à sortir de temps à autre des valeurs humanistes du double fond de son sac à conneries.

Concrètement, ça se traduit par les AADI. Comprenez: les Actions Altruistes Desespérément Inutiles.
Par exemple, si vous cliquez sur une certaine page, les petits enfants du mali auront de l'eau. Si vous ne cliquez pas, ils crèveront de soif.
Vous pouvez aussi exprimer votre désapprobation solennelle au sujet du fait que des millions de gens meurent de faim, par exemple en signant une pétition. Vous pouvez également rejoindre le groupe facebook contre la maltraitance des enfants. C'est pas bien, la maltraitance des enfants. Si vous n'avez pas peur de perdre tous vos amis, vous pouvez aussi envoyer des mails-chaine pour sauver les petits enfants unijambistes qui ont le choléra.
Si vous aussi vous avez envie de vous lancer dans la lutte contre tout ce que tout le monde déteste sans bouger de chez vous, voici un petit tutoriel des AADI.

AADI, mode d'emploi

1) Un résultat totalement abstrait, plus proche de la jolie idée sympatoche que de l'amélioration concrète.
Ainsi quand vous lancez une AADI, n'ayez pas peur de vous attaquer à des trucs que vous ne conaissez pas. L'important est que l'idée d'amélioration soit sympathique, même si elle n'est pas réellement concrète. Elle peut aussi être totalement utopiste, ça ne dérange personne. Par exemple: la fin des guerres. Elle peut aussi être totalement lancée dans le vent sans aucune retombée concrète possible, ce qui a l'avantage non négligeable de ne pas obliger les gens à réfléchir à des solutions (ce qui donne mal à la tête). par exemple, je suis sure qu'une bonne pétition contre la violence conjugale sera à même de rendre tous les maris violents doux comme des agneaux, aimants et attentionnés. Il suffit que suffisamment de personnes la signent.
2) Etre exempte de tout effort concret.
N'ayez crainte! je vous vois déjà approcher votre curseur de la petite flêche en haut à droite. Je vous rassure tout de suite: une AADI digne de ce nom n'exige pas que vous vendiez votre précieuse villa pour aller aider les petits enfants faméliques dans un pays dont vous ne parlez pas la langue, ni que vous touchiez des SDF pleins de germes, ni encore que vous déboursiez le moindre sou. Une AADI ne vous demande pas d'argent, et une quantité infinitésimale de votre temps. Vous pourrez sauver le monde en glandant sur internet.
3) Surtout, je jamais se mouiller
L'AADI a pour but de rendre votre conscience blanche comme neige, mais aussi de vous rallier à la majorité écrasante. Non seulement elle n'est jamais illégale et toujours non-violente, mais vous ne vous attaquerez qu'à des sujets sur lesquels il n'y a pas de controverse possible. Si votre AADI comporte la moindre controverse possible, ou met en danger le confort de certaines personnes, ne la lancez pas! Vous risquez de faire un bide. Par exemple, une pétition contre l'utilisation de voiture en ville n'est pas une bonne AADI, parce que les gens n'aiment pas marcher à pieds. De même, vous ne pouvez pas faire une AADI pour qu'on arrête de produire de la viande industrielle. Non, vous devez penser à tout le monde, rappelez vous que ce ne sont pas les cochons ni la couche d'ozone qui adhèreront en masse à votre idée géniale, mais les gens. Vous devez penser aussi à la sensibilité des mangeurs de bacon. Par contre, n'hésitez pas à faire une pétition pour que les voitures ne polluent plus, ou pour qu'on abatte les animaux "sans la moindre souffrance". Ca ne mange pas de pain. C'est pourquoi la maltraitance des enfants est un excellent sujet d'AADI, car vous êtes bien certain que tout le monde est contre.

L'AADI permet à l'occidental moderne de laver sa conscience tout en restant informé de la misère du monde et en continuant de vaquer à ses occupations. Une fois que vous aurez suffisamment cliqué pour qu'on cesse d'agresser les grands-mères, envoyé suffisamment de mails qui sauvent les petites gamines leucémiques, et rejoint un groupe opposé au tabassage de chiots innocents, vous pourrez faire face à un sombre crêtin qui aurait l'idée saugrenue de donner de son temps et de son énergie pour les autres, et vous pourrez lui répondre, tête haute et conscience tranquille:
"Tu sais, le monde est comme il est, on peut pas le changer."

jeudi 26 novembre 2009

Animal - Nom masculin...

Animal - Nom masculin. Plur. Aux.
1- Etre vivant organisé, doué d'une sensibilité et capable de mouvement [zoologie]
2- Etre vivant autre que l'homme. Synonyme: bête.
3- Personne grossière, brutale, dépourvue d'intelligence. Synonyme: abruti
Synonymes d'animal: abruti, bestial, bête, brutal, brute, grossier, inné, instinctif, monstre, stupide.




Intelligence - nom féminin: faculté à connaitre, à comprendre.

jeudi 19 novembre 2009

Le Boulet Nouveau Est Arrivé

J'offre un Boulet de Platine et mes félicitations à la personne qui est arrivée sur mon blog en tapant ceci dans un moteur de recherche:

"est ce que les hommes prehistoriques baisaient"

Merci, Merci, Merci de me faire rire.


(En tous cas ce qui est sur, c'est qu'ils mangeaient de la viande; la preuve, tout le monde le dit. Alors que moi, ce soir, je mange de la soupe de courgettes. C'est pour ça que je vais mourir dans d'atroces souffraaaarrghhhhhhhhhh.....)